Mise en place des process de collecte de données

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Salut à tous,

Comment allez-vous ? De notre côté, on a la patate ! 🙂 Grâce aux conseils de Brooke, une de mes collègues ayant vécu au Guatemala, nous voilà repartis avec ma sœur Marine et mon frère Quentin pour de nouvelles aventures avec l’ONG Los Amigos de Santa Cruz située au bord du Lac d’Atitlan au Guatemala.

#Notre arrivée

Bien que nous avions notre pass sanitaire, nous ne faisions pas les fiers à la douane lorsque l’une des contrôleurs guatémaltèques s’y est pris à 3 fois pour le vérifier. Après une première nuit dans la capitale, Jorge – chauffeur de taxi et proche de l’ONG est venu nous chercher pour nous conduire au Lac d’Atitlan. Après une heure de voiture à peine, nous avons découvert un 1er point commun entre français et guatémaltèques : la grève. Bloqués pendant 4 heures en pleine voie, des vendeurs de glace et de tortillas sont apparus de nulle part, le chauffeur du camion de devant s’est même mis à vendre ses melons avant d’aller se faire une bonne sieste, allongé sur sa cargaison. 🙂

Strikes Guatemala
Manifestations sur l’autoroute principale du pays

#Le Lac d’Atitlan et ses multiples « Pueblos »

Afin d’accéder au village de Santa Cruz (2000 habitants), nous avons terminé notre périple en bateau en prenant une « lancha » – assurant les navettes entre les villages. Nous sommes restés scotchés par la beauté du Lake d’Atitlan situés à 1600m d’altitude et bordé par 3 volcans Toliman, Atitlan et San Pedro. Depuis des centaines d’années, des dizaines de villages d’origine Maya se sont développés au bord de l’eau. Tous les matins, nous avons une vue magnifique sur le lac et ses volcans. Un petit coin de paradis ! 🙂

Arrival Santa Cruz Guatemala Romain Sion
Notre arrivée au village de Santa Cruz avec mon frère et ma soeur

Pour vous donner un aperçu, nous sommes partis un matin vers 4h30 équipés de lampe de poche avec une jeune guide qui nous a emmenés sur les hauteurs du village en passant par les sentiers raides qu’utilisent les agriculteurs pour cultiver leurs champs ou ramasser du bois.

Atitlan Lake Guatemala
Vue sur le lac Atitlan depuis les hauteurs derrière le village de Santa Cruz

#Los Amigos de Santa Cruz

Après plusieurs semaines d’échanges en amont du voyage, nous avons fait la connaissance de Jessie – la directrice de l’ONG Los Amigos de Santa Cruz qui nous a présentés aux équipes et fait visiter les locaux. L’accueil a été très chaleureux et les équipes sont hyper attentionnées. Par exemple, ne pouvant trouver de carte SIM dans le village, une des directrices s’est pliée en quatre pour nous en trouver auprès de sa sœur.

Depuis 20 ans, leur mission consiste à améliorer la vie des peuples autochtones de Santa Cruz et des villages environnants grâce à l’éducation et à l’indépendance financière. Los Amigos ne veut pas faire la charité. Ils cherchent à développer les compétences et la confiance en soi afin que leurs participants améliorent leurs propres moyens de subsistance et leur communauté à long terme. A ce titre, nous avons rapidement constaté que la quasi-totalité des membres du staff étaient des locaux dont de nombreux anciens bénéficiaires qui voulaient à leur tour redonner à la communauté.

CECAP Los Amigos de Santa Cruz
CECAP en jaune, bâtiment principal de l’ONG situé au cœur du village

Sachant que l’accès à l’éducation est la clé pour un changement durable, ils ont adopté une approche holistique allant de programmes d’aide à la lecture, de bourses d’études jusqu’à l’université, des programmes de formation professionnelle mais aussi de nombreux programmes pour accompagner les femmes à lancer leur entreprise et faire valoir leurs droits au sein de la communauté. Estella, la directrice du programme « Women Empowerment », nous a expliqué que le rôle des femmes est primordial dans leur mission. En générale, une femme à Santa Cruz va réinvestir 100% de son salaire dans le foyer familiale (éducation, alimentation et vêtements) tandis qu’un homme reversera entre 10% et 30%.

#La Triste réalité du Covid

La fermeture des frontières pendant la covid eu un impact dramatique sur le village de Santa Cruz dont l’économie dépend en grande partie du tourisme. De nombreux hôtels, restaurants, tours organisés… ont dû fermer leurs portes. Plus de 50% des habitants de Santa Cruz, soit un millier de personnes, ont ainsi perdu leur travail. Les magasins de nourriture sont restés vides pendant plusieurs mois. Le prix de certains produits ayant augmenté de 50%, les familles les plus pauvres se sont retrouvées en situation de famine. Lors d’un footing avec Alex et Jake, deux proches de l’ONG, nous avons remarqué que certains sentiers touristiques semblaient flambant neufs. Ils nous ont expliqué que pour faire face cette crise sans précédent los Amigos avait suspendu la plupart de leurs programmes afin de mettre en place des initiatives d’urgence. Ils ont ainsi pu assurer aux familles d’avoir de la nourriture, créer des emplois d’urgences, supporter les centres de soin et mener des campagnes de prévention. Ils ont créé plus de 600 emplois temporaires liés à 34 initiatives d’intérêt générales (rénovation des sentiers, ramassage des déchets, mises aux normes handicapés des écoles…). Sur la question du vaccin, ce dernier est gratuit mais les habitants font tellement peu confiance au gouvernement que la plupart ne veulent pas en entendre parler.

Ramassage du bois par des habitants du village

Le salaire moyen dans le pays est de €324 par mois et il descend aux alentours de €130 (1200 Quetzales) pour les familles les plus pauvres à Santa Cruz. Jusqu’à maintenant, nous n’avons pas rencontré de mendiants. Tout le monde travaille dont de nombreux enfants. Certains hommes en quête de travail pendant la covid se retrouvent à défricher des terrains en altitude ou à descendre des sacs de bois énormes sur des kilomètres. Pour une dizaine d’heures de travail, ils étaient payés €6,5 (60 Quetzales).

#Un Jour une Rencontre : Herminia – Présidente de l’association de femmes Ruk’U’X Keem

Avant de partir nous avons été mis en contact avec Herminia – la Présidente d’une coopérative de femmes travaillant le textile. Au Guatemala, il n’est pas rare qu’un mari interdise à sa femme de travailler en dehors de la maison. De plus, de nombreuses femmes célibataires avec des enfants à charge, doivent trouver des opportunités leur permettant de générer des revenus tout en s’occupant de leurs enfants. C’est ainsi qu’Herminia a lancé l’une des plus anciennes coopératives de son village. 37 femmes peuvent ainsi générer un revenu satisfaisant tout en travaillant de chez elles.

Métier à tisser traditionnel

En s’associant, les membres mettent en commun leur production et se relaient pour assurer la vente de leur produit. En revendant à un intermédiaire, elles peuvent espérer toucher 15% du prix de vente tandis qu’en travaillant avec la coopérative, elles touchent 85% de ce dernier. Les 15% restant servent à payer le loyer du magasin et les dépenses courantes. Herminia nous a expliqué que pour rentrer dans sa coopérative, il faut respecter 3 règles : être travailleur, être ponctuel et parler un minimum espagnol. Toutes les décisions sont prises sous un modèle démocratique où la présidente, la secrétaire et la trésorière sont élues par les membres. Si à la fin de l’année, il reste de l’argent – des dividendes sont partagés entre tous les participants. Le modèle est juste et durable !

Romain Sion and Herminia San Juan Cooperative
Démonstration du process de création des fils de tissage avec Herminia

Avant de se quitter, Herminia nous a proposé de rencontrer sa mère et ses enfants. Très souriante, accueillante et apprêtée, nous avons été surpris par la simplicité de sa maison composée de quelques murs en béton, d’une tôle ondulée en guise de toit et d’un mobilier posé à même le sol. Sans se plaindre, elle nous a expliqué combien la période du covid avait été difficile car il avait fallu tenir plusieurs mois avec seulement quelques sacs de maïs.

Hermina and her family San Juan Guatemala - Romain Sion
Invitation pour une petite visite dans la famille d’Herminia

#Maximon pour les latinos et San Simon pour les Espagnoles

Ce weekend, nous sommes allés faire un tour dans le village de Santiago situé de l’autre côté du Lac. Nous y avons fait la rencontre improbable de Maximon – une divinité révérée dans toute la région à la croisée des chemins entre la culture Maya, Espagnole et la religion catholique. Tous les ans, l’effigie de taille humaine est accueillie chez un habitant du village donc impossible d’avoir une adresse précise. Gentiment deux policiers nous ont accompagnés à travers les petites ruelles étroites afin d’aller rendre visite à Maximon. Fleurs, bougies et fumées d’encens accompagnaient les offrandes. Nous avons notamment vu un jeune à genoux offrir une fiole de Vodka qui fut vidée dans la bouche de la divinité. Improbable ! 🙂

Maximo San Juan Guatemala
Maximon – divinité dans le village de Santiago

Première semaine absolument géniale avec los amigos. Plus d’infos la semaine prochaine! 🙂


Bonne semaine à tous,

Quentin, Marine et Romain

Romain Sion Panajachel Guatemala

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Salut à tous,

Comment allez-vous ? De notre côté, les semaines s’enchaînent. Nous avons rejoint les équipes de los Amigos de Santa Cruz depuis deux semaines déjà. Sarah étant arrivée mercredi pour renforcer les équipes, nous avons maintenant différents projets en cours qu’il va falloir délivrer avant notre départ ! Commençons par un petit aperçu de nos missions.

#Notre mission – de la collecte à l’analyse des données

L’un des points communs entre mes six aventures auprès d’ONG, c’est leur besoin grandissant d’avoir une connaissance plus fine de leurs bénéficiaires et de la performance de leurs programmes afin de mesurer l’impact de leur organisation. A ce titre, la collecte de données ainsi que l’analyse de ces dernières est devenue un enjeu critique pour la plupart des organisations sociales.

Alex, l’un de nos contacts chez los Amigos nous a expliqué que l’ONG avait investi dans le développement d’un logiciel appelé Medida dans lequel il est possible d’enregistrer toutes les informations relatives à leurs bénéficiaires ainsi que le suivi de leurs programmes. Chaque staff a ainsi accès aux informations relatives aux bénéficiaires comme leurs coordonnées, leur situation familiale, les revenus du foyer, le nombre de frères et sœurs… ainsi qu’aux données de suivis de programmes comme leur taux de participation, leurs notes aux examens, le montant des bourses allouées…

Medida Los amigos de Santa Cruz
Logiciel Medida used by Los Amigos de Santa Cruz

En tant que volontaire, notre mission consiste à les aider à améliorer leurs process de collecte de données et de mesure d’impact. Par exemple, au sein de leur programme « Women Empowerment » où ils accompagnent des femmes à lancer leurs entreprises, il serait très intéressant de mesurer dans le temps l’évolution de la contribution financières de ces femmes entrepreneurs par rapport aux revenus totaux du foyer, l’évolution du budget alloué à l’éducation des enfants ou encore dans quel mesure leur programme impacte l’égalité homme / femme au sein du foyer.

Romain Sion Working session Los amigos de Santa Cruz project Guatemala
Réunion de travail avec l’équipe Women Empowerment de Los Amigos

Avec Quentin, nous travaillons sur les programmes « Women Empowerment » et « Formal Education » afin d’identifier les données à collecter en amont, de mettre en place un process de collecte digital puis de familiariser les équipes à la création de rapport d’impact géré automatiquement via Medida. Nos réunions prennent parfois des tournures amusantes lorsque l’espagnol, le français, le Kaqchiquel et l’anglais sont mixés. De leur côté, Marine et Sarah donnent toutes les après-midis des cours d’anglais auprès de différents groupes de jeunes au sein du village. En parallèle, nous travaillons aussi sur un projet de signalétique visant à promouvoir le tourisme à Santa Cruz et ses alentours.

#La vie dans les villages autour de Santa Cruz

La place de la femme dans la communauté : la communauté fonctionne sur un modèle encore très patriarcale. Les hommes sont censés travailler et les femmes rester chez elles pour s’occuper des enfants et faire la cuisine. L’éducation des femmes n’étant malheureusement pas la norme, cela limite considérablement la participation des femmes dans les prises de décisions au sein du village et de la famille, leur indépendance financière… alors que c’est souvent elles qui contribuent le plus aux revenus du foyer. Tomasa, l’un des responsables au programme « Women Empowerment » nous a expliqué qu’elle faisait partie des exceptions car son père était favorable à ce qu’elle étudie et lui avait donné une aide financière.  Elle nous a parlé d’une initiative prometteuse lancée par deux argentines regroupant 37 femmes. A travers des cours de natation tôt le matin, elles ont créé un espace où ces femmes se sentent en sécurité. Des sujets d’échanges sur leurs droits, leur rôle au sein de la communauté… sont ainsi discutés.

La Jalousie : l’un des « challenges » les plus difficiles à surmonter pour une ONG ayant une implication forte dans une communauté, c’est de faire face à la jalousie des voisins. En effet, lorsqu’un programme fonctionne et qu’il profite à certains membres du village, la jalousie des voisins peut vite se faire sentir et venir perturber les dynamiques du village. Par exemple, Tomasa nous a expliqué qu’elle avait accompagné un groupe de 7 femmes d’un village voisin dans le développement d’un business d’œufs organiques regroupant plus d’une centaine de poules.

Tomasa Women Empowerment Los Amigos de Santa Cruz Guatemala
Visite avec Tomasa et Eliseo d’une coopérative lancée par le programme de Los Amigos

Bénéficiant d’un revenu au-dessus de la norme, certains voisins ont commencé par voler des poules et à lancer des cailloux sur ce groupe de femmes. Los Amigos a finalement dû fermer cette activité pourtant rentable. Le secret : avoir une forte intégration au sein du village afin de sensibiliser ses habitants.

Los Amigos de Santa Cruz - Women empowerment program
Coopérative de poules lanées par un groupe de femme issue du programme de los Amigos

La Corruption : La corruption est malheureusement omniprésente au Guatemala. De nombreuses manifestations ont lieu actuellement. L’une des dernières revendications : la disparition d’une aide internationale de $80M liée au Covid-19. Parmi les villages autour du Lake d’Atitlan, le village de Santa Cruz ne fait malheureusement pas exception à la règle. Il est resté à la traîne sur les questions d’éducation et de développement économique. Le niveau d’éducation ayant toujours été très bas, les élus locaux sont souvent eux-mêmes peu allés à l’école. De plus, les petits projets pouvant avoir un impact fort au sein du village (rénovation des routes, éducation, promotion de la culture locale…) sont souvent délaissés au profit des projets plus rémunérateurs tels que les hôtels de luxe sur lesquels il est plus facile de prendre « un cut » dans la poche.

Santa Cruz Guatemala
Zone à risque d’effondrement dans le village de Santa Cruz

#Les éruptions volcaniques inoubliables du volcan El Fuego

Ce weekend restera gravé dans nos mémoires pour le reste de notre vie. Nous sommes partis à la découverte des Volcans Acatenango (4000m) et Fuego (3800m) situés dans les environs d’Antigua. Les températures pouvant descendre dans le négatif, il a fallu que nous louions quelques équipements avant de partir. 

Fuego Volcano Guatemala
Photo du Fuego de jour depuis le camp de base sur Acatenango

Accompagné par Luis – notre guide local, nous avons démarré par 4 heures de trek jusqu’au camp de base d’Acatenango situé face au Volcan Fuego. Une fois sur place, nous étions complètement dans les nuages… Manque de chance… Cependant, un guide nous a fait part du dicton local : « Todo es posible, nada es seguro ». Un peu déçu, nous nous étions installés pour dormir jusqu’à ce qu’un coup de tonnerre retentit accompagné de cris d’excitation. Les nuages étaient partis, laissant apparaître une magnifique explosion de lave sortant du Fuego qui se mit à couler le long du volcan. C’était magnifique ! Sur les coups de 23h, le guide responsable a autorisé une approche de nuit sur le Fuego afin d’explorer l’éruption de plus près. Avec Quentin et le guide, nous sommes partis tous les 3 à la frontale pour 4 heures de trek supplémentaire pour redescendre une partie de l’Acatenango et gravir le Fuego jusqu’à une arête montagneuse servant d’observatoire située à quelques centaines de mètre du cratère du Fuego. 

Fuego Trekking at night Romain Sion Guatemala
Attente de la prochaine éruption avec notre guide sur le Fuego

Arrivés vers 1h30 du matin dans un noir total, nous nous sommes tapis dans un creux à l’abri du vent glacial dans l’attente d’un nouveau coup de tonnerre. 

Fuego Eruption Guatemala
Photo du Fuego en éruption de nuit depuis le camp de base sur Acatenango

Chaque explosion de lave laissait transparaître la puissance démentielle de ce phénomène naturel. Voici un petit aperçu: 

#Un Jour une Rencontre : Guillermo et Lola de San Juan la Laguna

Ne pouvant nous accueillir chez elle à San Juan, Herminia nous a gentiment proposé d’aller dormir chez l’habitant, ce que l’on appelle sur place les posadas. Nous fûmes ainsi reçus par Guillermo et Lola, un couple d’amis d’Herminia. Guillermo avait à cœur de nous partager sa culture d’origine Maya autour d’un bon repas accompagné de leurs traditionnelles tortillas.

Posada Guillermo and Lola San Juan Romain Sion Guatemala
Posada avec Guillermo et Lola dans le village de San Juan

J’ai surtout été marqué par leur fils qui était professeur d’espagnol. La période de la Covid-19 fut très difficile pour de nombreux professeurs qui ne voulaient pas laisser tomber leurs étudiants. Pendant de nombreuses semaines, il a dû faire du porte à porte pour déposer les cours à ses étudiants. Lorsqu’il le pouvait, il a aussi beaucoup utilisé les nouvelles technologies. Par exemple, il a beaucoup utilisé des vidéos Youtube afin d’expliquer des notions de cours à distance. Du côté de Los Amigos, ils ont surtout utilisé les appels groupés sur Whatsapp afin de continuer leur programme d’aide à la lecture. Pour les familles participant au programme et ayant un smartphone, Los Amigos proposait de financer les cartes d’abonnement à internet.

Cette année encore, une aventure exceptionnelle au côté d’une ONG incroyable

On espère que vous allez tous bien,

Belle journée à tous,

Marine, Sarah, Quentin et Romain

Acatenango Volcano Trekking Romain Sion Guatemala
Début de l’ascension de l’Acatenango

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Salut à tous,

Comment allez-vous ? Marine et Quentin sont rentrés en fin de semaine à Paris tandis que Sarah et moi avons prolongé encore quelques jours jusqu’à la livraison de nos différents livrables auprès de l’ONG Los Amigos de Santa Cruz. Cette semaine encore, de belles nouvelles à partager. 🙂

Santa Cruz Atitlan Lake Guatemala
Village de Santa Cruz – 2000 habitants

#Les enjeux de notre mission

Afin de mieux appréhender les enjeux de l’ONG los Amigos, Estella la directrice du programme Women Empowerment nous a proposé de partir en pick-up rencontrer différents groupes de femmes entrepreneurs vivant dans les communautés reculées où aucuns touristes ne s’aventurent.

Visite d’une entreprise du programme produisant des champignons bio

Notre rencontre avec Ruth m’a particulièrement marqué. Elle nous reçut dans son atelier de Kombucha, une boisson énergisante naturelle. Tout en ayant son bébé emmailloté dans un drap serré autour du cou, on sentait sans hésiter qu’il agissait d’une bosseuse. Pour réussir, il lui avait seulement fallu un coup de pouce avec un peu de matériel ainsi qu’une formation. En mettant l’accent sur l’entrepreneuriat auprès des femmes, Los Amigos sait parfaitement qu’il s’agit d’un levier majeur pour favoriser le développement économique du foyer ainsi que l’amélioration de l’équité homme/femme.

Ruth Los Amigos de Santa Cruz Guatemala
Ruth avec un bocal de Kombucha en fermentation

Du côté de notre mission d’amélioration de leur process de mesure d’impact, nous avions 3 objectifs principaux : 1) Définition d’une roadmap des KPIs d’impact à mesurer 2) Mise en place d’un process de collecte de données et de création de rapports d’impact automatisés 3) Formation des équipes à l’utilisation du logiciel. Même si nous avons atteint la première étape du projet avec la mise en place des projets pilotes, ce dernier prendra encore des mois à implémenter au sein de l’ensemble des programmes. Le dénominateur commun entre mes différentes missions, c’est la réticence initiale des équipes au changement. Pour que cela fonctionne, j’ai compris qu’il fallait très vite intégrer les équipes terrain dans les discussions, qu’elles puissent partager leur avis et surtout qu’elles puissent percevoir l’intérêt du logiciel au sein de leur périmètre. De nos jours, la question liée à la mise en place d’un logiciel de suivi des programmes au sein des ONGs ne fait plus aucun doute.

Training Session Romain Sion Los Amigos de Santa Cruz Guatemala
Session de formation sur l’utilisation de la base de données Medida

# Expériences au sein de la communauté de Santa Cruz :

Tous les matins au lever du soleil, nous apercevions les quelques pêcheurs de Santa Cruz partirent dans leurs Cayuco (pirogues).

Fisherman Atitlan Lake Guatemala
Petite pose tranquilos! 🙂

Avec Quentin et Sarah, nous débordions d’envie de les rencontrer afin de découvrir leur quotidien. Très gentiment, Claudia de l’ONG los Amigos nous a aidé à organiser une sortie de pêche avec 3 des 25 derniers pêcheurs du village. C’est ainsi que j’ai embarqué dans la pirogue de Juan, pêcheur de père en fils qui m’a fait découvrir ses techniques de pêche à la ligne et au filet.

Romain Sion fisherman Santa Cruz Guatemala
Sortie de pêche avec les derniers pêcheurs de Santa Cruz

Alors qu’ils étaient plusieurs centaines quelques années auparavant, les pêcheurs ont fait parti des premiers témoins de la pollution du lac. De nombreux habitants ayant pris l’habitude de jeter leurs détritus dans le lac, des bactéries se sont développées et ont considérablement affectées la taille et le nombre de poisson. Juan m’a ainsi expliqué qu’en vendant son poisson 4 Quetzales le kilo (€0,4), de nombreux pêcheurs se sont retrouvés contraint de changer de métier. Le lendemain, un peu éméché Juan m’a reconnu et m’a sauté dans les bras à la fête du village. C’était très drôle car de mon côté, j’ai mis quelques temps avant de le reconnaître ! 🙂

Le soir, Claudia nous a invité dans sa famille afin de cuisiner le poisson et les crabes péchés le matin même. Nous avons ainsi passé toute la soirée avec sa mère et sa sœur qui nous ont appris à cuisiner une bonne soupe de crabe préparée au feu de bois.

Mother Claudia Santa Cruz Guatemala
Préparation des crabes par la mère de Claudia

Bien que la mère et la sœur de Claudia parlaient le Kaqchikel (dialecte local), nous avons beaucoup ri lorsqu’il a fallu préparer les traditionnelles tortillas. D’une main de maître, elles étaient capables d’en faire 3-4 alors que nous n’arrivons qu’à faire une ridicule boule de pâte. Ce diner familial était authentique. Nous avons passé une excellente soirée !

Cooking session and Invitation Dinner Claudia Romain Sion Guatemala
Invitation à dîner dans la famille de Claudia

# Un sujet difficile – l’émigration :

En France, nous parlons beaucoup d’immigration avec des gens qui arrivent sur notre territoire. Au Guatemala, c’est le phénomène inverse où de nombreux jeunes quittent le pays pour tenter leur chance aux Etats-Unis. Lors de notre posada à San Juan, Guillermo nous a expliqués que ce phénomène s’est même accéléré pendant la période du Covid où il était quasi impossible de trouver un travail. Pour $10 000, de nombreux réseaux illicites et cartels proposent de passer la frontière sans aucunes garanties de réussite. 

Dinner Guillermo and Lola Romain Sion Guatemala
Posada chez Guillermo et Lola

Certains vont jusqu’à charger les migrants de sacs pour passer la drogue dans les tunnels. D’autres se font confisquer leur passeport avant d’être embauchés de force par un cartel. Lors de notre dîner chez Claudia, nous avons senti une profonde tristesse lorsqu’elle a évoqué la situation de son frère ayant émigré aux Etats-Unis pour travailler dans la construction. En tant que résident illégal, aucune date de retour au Guatemala n’était prévue à ce jour…

# L’importance de se confronter à d’autres cultures : l’histoire inspirante de Rosalia :

Si un jour vous croisez le chemin de Rosalia – l’une des deux directrices de programme chez los Amigos vous ne l’oublierez pas. Elle déborde d’énergie du matin au soir. Passionnée par la découverte de nouvelles cultures, Rosalia nous a expliqué comment ses voyages avaient bouleversés sa vie. Lorsqu’elle était petite, elle s’était liée d’amitié avec une famille d’origine norvégienne qui connaissait son rêve : vivre à l’étranger. Un jour, cette dernière lui proposa de passer deux mois avec eux en Norvège. Ce voyage fut une révélation. Elle y découvrit un niveau de vie totalement différent du sien ainsi qu’un environnement dans lequel les femmes avaient leur mot à dire. 

Estela and Rosalia Los Amigos de Santa Cruz Guatemala
Rosalia et Estela – les deux directrices de programme de los Amigos

En rentrant à Santa Cruz, elle était convaincue : « si les Norvégiens peuvent le faire, moi aussi je peux le faire ». Cependant, lorsqu’elle chercha à s’impliquer dans la communauté de Santa Cruz, on lui fit rapidement comprendre que sa place était à la maison. Un jour, alors que personne ne savait comment gérer le projet de rénovation de l’église du village, ses habitants laissèrent Rosalia gérer ce dernier qui fut un succès. Ce jour-là, elle gagna sa place à la table des décisions. Depuis, son avis est dûment écouté. Régulièrement sollicitée par des fondations et Universités étrangères pour évoquer son combat pour le droit des femmes, elle en profite pour voyager à travers le monde tout frais payé. Malin non ? 🙂

Nous allons bientôt prendre le chemin du retour ! Pour clôturer cette belle aventure, nous avons organisé un tour de France de dégustation de biscuits avec l’équipe de Los Amigos ! Succès assuré ! 🙂 Cette année encore une aventure exceptionnelle qui vient clôturer 6 années de découvertes en Asie, en Europe, en Afrique et en Amérique.

Farewell Los Amigos de Santa Cruz Romain Sion Guatemala
Photo de groupe avec los Amigos après la dégustation

Belle journée à tous,

Marine, Quentin, Sarah et Romain