[Newsletter 2] The Northern Districts of Marseille, the Impression of Crossing a Border

Salut à tous,   —– (english version below)

Comment allez-vous ?

Très rapidement, nous avons pris nos marques et repères au sein de Massabielle et les jours ont filé à toute allure. Ne pouvant être là dès le début de l’aventure, notre petite sœur Claire nous a rejoints à la fin de la première semaine.

#Notre quotidien                                                                                                                                                          

Les journées étaient rythmées par un emploi du temps chargé avec le matin, un temps spirituel et de l’aide pour le fonctionnement de l’association et l’après-midi un temps de service (chantiers, échanges avec les habitants, soutien scolaire, animations avec les enfants…) pour la cité.

Sur le plan spirituel, j’ai particulièrement été marqué par le témoignage du couple responsable de Massabielle à la cité des lauriers (une cité correspond à une barre d’immeubles). Aux Lauriers depuis 8 ans, ils nous ont expliqués que, sans leur foi chrétienne, ils n’auraient jamais pu tenir plus de 6 mois. Ils auraient claqués la porte 100 fois… Un jour, un jeune a manqué de leur tirer dessus au harpon. Une autre fois, les trafiquants les ont enfermés dans les caves de l’immeuble lorsqu’ils avaient pris l’initiative de proposer des jeunes motivés suite à un appel d’offre public. Comment aurais-je réagi à leur place ? En tant que catholique, j’ai beaucoup apprécié les échanges que j’ai pu avoir, notamment avec Gabi, un évangéliste de la communauté gitane ou encore Kader, un musulman pratiquant. Cela a renforcé une de mes convictions profondes : dans le respect, les religions peuvent cohabiter les unes avec les autres.

Echange avec Kader autour d'un thé accompagné de ses traditionnelles madeleines
Echange avec Kader autour d’un thé accompagné de ses traditionnelles madeleines 🙂

Afin de contribuer au bon fonctionnement de l’association, l’aide se répartissait entre l’entretien et  l’intendance. Toutes les grandes surfaces sont maintenant obligées de donner leurs produits périmés aux associations pour éviter le gaspillage. Toutes les semaines, nous allions donc chercher les invendus au Carrefour du coin : c’était la surprise quant aux produits récoltés et s’en suivait alors un important travail de tri et bien sûr de préparation des repas. 100% de la nourriture de Massabielle est ainsi assurée grâce aux dons de Carrefour ! Alors, Merci Carrefour ! 🙂

Collecte des produits périmés et invendus chez Carrefour
La voiture étant fatiguée – Système D avec soeurette pour entrer dans la voiture 🙂

Quant aux temps de services pour la cité, ils avaient lieu l’après-midi avec un créneau dédié aux travaux chez les habitants ou pour la collectivité, puis un créneau avec les jeunes : animations, soutien scolaire et enfin un moment d’échanges, de rencontres avec les habitants, chez eux.               

Pour les travaux, j’étais responsable d’un chantier qui consistait à ouvrir deux classes de 4ème et 3ème, un laboratoire de chimie et une bibliothèque au sein du centre Ozanam. En effet, il y a quelques années, Massabielle a transformé un vieil hôtel particulier devenu un squat et un lieu de prostitution en un collège hors contrat destiné aux jeunes du quartier. Ainsi, avec une quinzaine de volontaires, nous avons retroussés nos manches : ponçage, peinture, pose de plinthes, de tableaux, d’étagères, aménagement etc… afin que les salles soient prêtes pour la rentrée. Le lieu est génial ! C’est là que les enfants de Saïd vont à l’école (prochain épisode :-)).

Chantier de rénovation du centre Ozanam avec l’ouverture de deux nouvelles classes
Equipe de volontaires sur le chantier Ozanam
Pose du tableau au centre Ozanam dans la future classe de 4ème

#Les frontières de la cité

Lorsque nous sommes arrivés pour la première fois dans la cité des lauriers, nous avons eu l’impression de passer une frontière imaginaire, comme si nous changions de pays. Sauf pour aller travailler, les habitants sortent très peu de la cité et les gens extérieurs n’ont pas d’intérêts particuliers à aller y faire un tour. C’est bien ce qui nourrit nos préjugés ! Après quelques jours sur place, nous y avons découvert deux aspects marquants : la précarité et le sens de l’accueil.

Cité des Lauriers – Marseille
Les abords de la cité des Lauriers

J’avais lu que plus d’un tiers des habitants de la cité vivait dans la pauvreté. Cette précarité est d’autant plus frappante une fois sur place. Nous sommes rentrés dans ces grandes barres d’immeubles défraichies. Les cages d’escaliers aux murs délabrés sont taguées à l’intérieur donnant une sensation d’insécurité. Il ne fallait plus s’étonner des cafards dans les chambres et la cuisine de l’association ni des rats très certainement plus nombreux que les habitants des lauriers qui gambadaient de partout…

Petit plan de repérage des habitants des Lauriers 🙂

En revanche, nous y avons rencontré un chaleureux sens de l’accueil rare en France. Lors de nos visites, il nous est arrivé de sonner au hasard chez les gens afin de nous présenter et de proposer un temps de rencontre. Toutes les familles nous ont ouverts avec le sourire et certaines nous ont même invités à prendre le thé. Nous n’oublierons pas Yollande appelée « Tata Yoyo », originaire des Comores qui nous a fait découvrir sa spécialité : le punch coco, ni « Tata Doudou » qui nous a raconté avec simplicité les périples de sa vie qui a commencé par sa mère qui l’avait abandonnée dans une boîte à chaussure. Avec beaucoup d’humour, elle nous a proposés de nous accompagner pour les courses chez Carrefour. Grâce à sa carte de porteur de handicap, elle a un pass VIP incluant une place de parking dédiée, une caisse prioritaire et enfin la possibilité de fumer devant le magasin ! 🙂 Ou encore à la maman de Romain qui nous a expliqués en détail la façon dont la maîtresse de son fils s’était débrouillée pour ne pas laisser tomber les élèves motivés pendant le covid.

#Trafic de drogue et violence                                                                                                                               

Le trafic de drogue et la violence font partis du quotidien des habitants de la cité. La police s’y rend rarement sauf pour les descentes de police. Il y a 2-3 ans à peine, il n’y avait qu’une seule entrée dans la cité et l’emprise des réseaux de trafic était telle que même un agent EDF n’était pas autorisé à rentrer sans montrer patte blanche. Il y a quelques temps, lors d’une visite, un volontaire s’était trompé de porte et a été accueilli par un des chefs du réseau qui avait une arme de guerre accrochée dans son salon. Une autre fois, lors d’une descente de police, deux jeunes se sont échappés en passant par l’association armés de leurs kalachnikovs.

Le réseau est hiérarchisé avec, en bas de l’échelle, les guetteurs puis les vendeurs, les transporteurs de marchandise et d’armes, ceux qui transfèrent l’argent et enfin les chefs intermédiaires… Les têtes de réseaux sont, sans surprise des cols blancs issus de grandes écoles qui ne mettent jamais les pieds dans les cités ! La drogue est cachée chez des nourrices ou des familles qui, de gré ou de force stockent la drogue dans leurs appartements avant qu’elle ne soit vendue dans les cages d’escalier. Les prix et les horaires d’ouverture de ces « magasins » sont, parfois même clairement affichés. 🙂 Lorsque nous rendions visite aux gens, nous privilégions donc les ascenseurs aux escaliers. A part dire « bonjour » aux guetteurs, nous suivions la règle d’or : « on ne se mêle pas de leurs affaires ». 🙂

Magasin avec un nom, des produits clairement affichés avec leurs prix ainsi que les horaires d’ouverture
Il y a même le QR code Snapchat 🙂

Cette violence concerne déjà certains enfants. Il y a quelques semaines, un jeune garçon s’était fait mettre à terre par une fille : une humiliation. Deux groupes s’étaient alors donnés rendez-vous pour s’affronter à coups de pierre. Heureusement, les responsables de Massabielle qui les connaissaient ont pu les raisonner à temps. D’après Nathan, le responsable de l’association, même si la violence est encore bien présente, les cités se sont vraiment apaisées ces dernières années. Cependant, il suffirait d’une étincelle pour la raviver.

#Décrochage scolaire                                                                                                                                                                  

A côté des lauriers, il y a deux lycées avec des professeurs qui font leur possible mais dans lesquels, vous ne mettriez sûrement pas vos enfants. D’après nos échanges, le décrochage scolaire se produit souvent lorsqu’un jeune pense qu’il est nul et bon à rien. Par exemple, lorsqu’un élève ne comprend pas un chapitre en classe et qu’il se fait répéter 1X, 10X… qu’il est bon à rien, il finit par y croire et jette l’éponge. On m’a parlé de jeunes qui, à 10 ans ont déjà la charge de leurs frères et sœurs plus jeunes dans la mesure où leurs parents commencent très tôt ou finissent très tard le soir leur travail. Ils ont souvent de longs temps de transport s’ils travaillent hors de la cité. Le père de Kabal a tout tenté pour éviter à son fils de tomber dans le trafic, il a essayé de le raisonner verbalement. Par désespoir, il a fini par recourir à la force. Un juge lui a dit que s’il recommençait, c’est lui qui finirait en prison. Depuis, son père a lâché prise…

Lycée proche des Lauriers

En parallèle, il y a l’influence des « grands frères » qui approchent les jeunes dès 12-13 ans avec des propositions comme : « Tiens 20€, peux-tu m’acheter une bouteille de coca ? Tu peux garder la monnaie» ou encore « Pourrais-tu me remplacer à mon poste de guetteur quelques heures demain ? ». C’est là que tout commence… Payé entre 300€ et 500€ par semaine pour guetter, les jeunes mineurs se sentent « les rois du pétrole », c’est difficile ensuite de les faire revenir sur les bancs de l’école. Dès 14 ans, certains de ces jeunes pensent déjà qu’ils n’auront pas d’avenir et qu’ils n’ont plus rien à perdre. Malheureusement, c’est souvent à eux que sont confiées les tâches ingrates : disparition de preuves, règlement de compte… En 2015, 3 jeunes de 15, 18 et 23 ans ont assassiné des jeunes aux lauriers… Heureusement, des leviers efficaces existent pour éviter le décrochage scolaire (prochain épisode :-)).

#UnJourUneRencontre

Nous sommes partis un jeudi soir à la rencontre des habitants de la cité des lauriers. L’un des meilleurs spots, c’est entre le skatepark et le terrain de pétanque. 🙂 Nous y avons fait connaissance de Kathy Taleb, l’une des doyennes de la cité d’origine marocaine installée aux lauriers depuis 43 ans. Ayant besoin d’aide pour couper quelques carreaux de carrelage pour sa cuisine, nous sommes partis avec Matthieu lui prêter main forte. Entre deux coupes et un jus lait banane maison, Kathy nous a fait part de ses combats notamment pour décrocher du travail. Avant de tomber sur un patron qui lui donne sa chance, elle avait essuyé une quantité de refus à cause de son nom de famille qui disait-on : « faisait trop « arabe ». Consciente qu’elle n’avait pas fait beaucoup d’études, le plus beau cadeau qu’elle souhaitait transmettre à ses enfants ce sont ses valeurs familiales, de respect des autres et du travail. Pour Kathy, c’est en faisant que l’on gagne sa crédibilité. Parfois, faire des erreurs, c’est bon pour apprendre et devenir meilleur».

Session bricolage chez Kathy avec Matthieu

Belle journée à tous,

Marine, Claire, Matthieu & Romain

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Hi all,

How are you ?

Very quickly, we took our bearings within Massabielle and the days went by at full speed. Unable to be there from the start of the adventure, our little sister Claire joined us at the end of the first week.

#Our daily life

The days were punctuated by a busy schedule: spiritual time and help for the functioning of the charity in the morning and service (work sites, exchanges with the inhabitants, school support, activities with children, etc.) for the district in the afternoon.

On the spiritual level, I was particularly sensitive to the testimony of the couple responsible for Massabielle at the “Lauriers” district. At the “Lauriers” district for 8 years, they explained to us that without their Christian faith, they could never have lasted more than 6 months. They would have slammed the door 100 times… One day, a young man failed to shoot them with a harpoon. Another time, the traffickers locked them in the basement of the “Lauriers” building when they took the initiative to propose motivated young people for a public tender. How would I have reacted in their place? As a Catholic, I very much appreciated the exchanges I had, especially with Gabi, an evangelist from the gypsy community, or even Kader, a Muslim. This reinforced one of my deep convictions: with respect, religions can coexist with each other.

In order to contribute to the proper functioning of the charity, the support was divided between cleaning and meals. All supermarkets are now obliged to give their expired products to charities to avoid waste. So, every week, we went to collect the unsold items at the nearby Carrefour: it was a surprise as to the products received and then there followed an important work of sorting and of course of preparing the meals. 100% of Massabielle’s food is thus insured thanks to donations from Carrefour! So, thank you Carrefour! 🙂

Regarding the service for the district, they took place in the afternoon with a time slot dedicated to work for the inhabitants or for the community, then a time slot with young children: activities, academic support and finally a moment of discussion, of meetings with the district inhabitants, at home. For the renovation site, I was responsible for the opening of two 4th and 3rd grade classes, a chemistry laboratory and a library at the Ozanam center. Indeed, few years ago, Massabielle transformed an old mansion that had become a squat and a place of prostitution into a non-contract college intended for young people of the district. So, with about fifteen volunteers, we rolled up our sleeves: sanding, painting, laying of baseboards, tables, shelves, fitting out, etc., so that the rooms could be ready for the start of the school year. The place is awesome! This is where Saïd’s children go to school (next episode :-)).

#The borders of the city                                                                                                                     

When we first arrived in the “Lauriers” district, we had the impression that we were crossing an imaginary border, as if we were moving to another country. Except to go to work, the inhabitants do not often leave from the district and outsiders have no particular interest in going there for a walk. This is what feeds our prejudices! After a few days there, we discovered two striking aspects: precariousness and a sense of welcome.

I had read that over a third of the district’s residents live in poverty. This precariousness is even more striking once there. We entered these big, tired building bars. The stairwells with dilapidated walls are tagged inside giving a feeling of insecurity. No longer should we be surprised at the cockroaches in the charity’s bedrooms and kitchen, or at the rats that were certainly more numerous than the “Lauriers” district inhabitants who were frolicking around…

On the other hand, we found there a warm sense of welcome that is rare in France. During our visits, it happened to us to ring at random among people in order to introduce ourselves and to propose a discussion. All the families opened to us with a smile and some even invited us for tea. We will not forget Yollande called “Tata Yoyo”, from the Comoros who introduced us to her specialty: coconut punch, nor “Tata Doudou” who told us with simplicity the journeys of her life which began with her mother who had abandoned her in a shoebox. With a lot of humor, she offered to accompany us for the shopping at Carrefour. Thanks to her handicap card, she has a VIP pass including a dedicated parking space, a priority checkout and finally the possibility of smoking in front of the store! J Or to Romain’s mother, who explained in detail how her son’s mistress managed not to let motivated students down during the covid.

# Drug trafficking and violence

Drug trafficking and violence are part of the daily life of the inhabitants of the city. Police rarely go there except for raids. Just 2-3 years ago, there was only one entrance to the district area and the grip of the drug traffic was such that even an EDF agent was not allowed to enter without showing clean hands. Some time ago, during a visit, a volunteer had rung to the wrong door and was greeted by one of the leaders of the drug trafic who had a weapon of war hanging in his living room. Another time, during a police raid, two young people escaped through the charity with their Kalashnikovs.

The drug traffic is hierarchical with, at the bottom of the ladder, the lookouts then the sellers, the carriers of drugs and weapons, those who transfer the money and finally the middle managers … The heads of the traffic are, not surprisingly, white collar from great schools who never set foot in the districts! The drugs are hidden in the homes of “nannies” or families who willfully or forcibly store the drugs in their apartments before they are sold in the stairwells. The prices and opening hours of these “stores” are sometimes even clearly displayed. 🙂 When we were visiting people, we therefore favored elevators over stairs. Other than saying “hello” to lookouts, we followed the golden rule: “don’t mind their own business”. 🙂

This violence already affects some children. A few weeks ago, a young boy was knocked down by a girl: humiliation. Two groups then met to face off with stones. Fortunately, those responsible for Massabielle who knew them were able to calm them down in time. According to Nathan, the head of the charity, although the violence is still very present, the districts have really calmed down in recent years. However, it would only take a spark to rekindle it.

# School dropout

Next to the “Lauriers” district, there are two high schools with teachers who do their best but in which you would surely not put your children. According to our discussions, dropping out of school often happens when a young person thinks he or she is bad and good for nothing. For example, when a student doesn’t understand a chapter in class and is told 1X, 10X … that he is good for nothing, he ends up believing it and throws in the towel. I have been told about young people who, at the age of 10, already take care of their younger brothers and sisters as their parents start their work very early or finish their work very late at night. They often have long transport times if they are working outside the district. Kabal’s father tried everything to prevent his son from falling into trafficking, he tried to reason with him verbally. Out of desperation, he ended up using force. A judge told him that if he did it again, he would end up in jail. Since then, his father has abandoned…

At the same time, there is the influence of the “big brothers” who approach young teenagers from 12-13 years old with proposals such as: “Here 20 €, can you buy me a bottle of coke? You can keep the change” or“ Could you replace me at my lookout post for a few hours tomorrow? “. This is where it all begins… Paid between € 300 and € 500 per week to watch, the young miners feel like “the kings of oil”, then it is difficult to get them back to school. From the age of 14, some of these young people already think that they will have no future and that they have nothing more to lose. Unfortunately, it is often to them that the thankless tasks are given: disappearance of evidence, settling of scores, shootings … In 2015, 3 young teenagers of 15, 18 and 23 years old murdered others tennagers at the “Lauriers” district … Fortunately, effective levers exist to avoid dropping out of school (next episodeJ).

#OneDayOneMeeting

We left on a Thursday evening to meet the inhabitants of the “Lauriers” district. One of the best spots is between the skatepark and the petanque area. 🙂 There, we met Kathy Taleb, one of the deans of the district, from Morocco and who had lived there for 43 years. Needing help cutting some tiles for her kitchen, we left with Matthew to give her a hand. Between two cuts and a homemade banana milk juice, Kathy told us about her struggles, in particular to get work. Before meeting her former manager who gave her a chance, she had suffered a number of refusals because of her last name which was said to be: “too Arabic”. Knowing that she did not went through long studies, the best gift she wanted to transmit her children were: her family values, respect for others and for work. For Kathy, “doing is how you gain credibility. Sometimes making mistakes is good for learning and getting better.”

Have a nice day everyone,

Marine, Claire, Matthieu & Romain